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27/09/2006

Un peu partout...

Commençons par quelques informations d'ordre général.

La ville de Los Angeles a été fondée en 1781 et est la plus grande ville de Californie (498 square miles, soit environ 800 kilomètres carré). Au niveau national, elle est la deuxième ville la plus impotante, juste après New York City. La ville de LA même compte environ 3,8 millions d'habitants, le comté de LA regroupe 9,8 millions d'habitants et si l'on prend ce que l'on appelle Greater LA, on arrive à 17 millions d'habitants. Riche d'une diversité foisonnante (plus de 140 nationalités différentes sont représentées et l'on y parle quelque 240 langues étrangères!), LA est une des villes les plus cosmopolites du monde et qui fait partie, à juste titre, de ce que l'on appelle a Global City.

En plus d'être la deuxième ville des Etats-Unis à voir naitre le plus gros pourcentage d'enfants étrangers, la première étant Miami en Floride, LA est la ville où se trouve la communauté arménienne/cambodgienne/philippine/vietnamienne et j'en passe hors d'Arménie/du Cambodge/des Philippines/du Vietnam... Quant à l'aéroport de la ville, il est le port d'entrée numéro un des immigrants aux Etats-Unis.

Los Angeles est composée de différents districts, les principaux étant:

  • downtown LA (le quartier des affaires)
  • east LA
  • south LA
  • South Bay /  Harbor
  • Hollywood
  • San Fernando Valley (connu pour être la capitale mondiale du adult entertainment, lire capitale mondiale du porno)
  • North Hollywood (NoHo)
  • West Hollywood (WeHo) [connu pour sa grande communauté russe et gay et lesbienne]
  • Beverly Hills et Bel Air (les quartiers riches)
  • Mid-Wilshire (Mid City)
  • Westside
  • Pacific Palisades et Malibu

Hier, j'ai fait un tour à Beverly Hills, Downtown et Hollywood.
 

Comme le montrent les photos, Beverly Hills est le quartier riche vu le nombre de boutiques de grandes marques de la mode. On a simplement remonté ou descendu (moi et mon sens de l'orientation légendaire!) Beverly Drive. Que dire sinon que c'est très propre et que les restaurants sont très chics. 

On a aussi croisé des "excentriques" (je ne me prononcerai pas sur leur condition mentale mais apparemment, ils n'avaient pas toute leur tête... des passants nous ont dit que l'on rencontre souvent ce genre de personnes à LA et aux Etats-Unis en général!): un mec marchait dans la rue et criait à pleine gorge je ne sais pas trop quoi mais il avait l'air en colère! Quand on l'a remarqué, alors qu'on était près de la statue de tronc de femme (cf. photo), un homme s'est écrié "Welcome to Beverly Hills" C'est vrai que le décalage était énorme! C'est ça aussi les Etats-Unis! Mais le plus drôle, c'est lorque l'on attendait notre bus. Une dame vêtue d'une légère jupe bien rouge et d'un haut blanc qui faisait ressortir son rouge à lèvre (elle n'avait pas lésiné sur la quantité!) nous a accostés. Elle nous a demandé d'où on venait et elle se tortillait et vociférait des choses parfois incompréhensibles! Elle nous a demandé si on voulait touché une vraie Hollywood girl (alors qu'elle était russe!!) et nous gueulait des choses du genre qu'une fois partis d'ici, on retournerait à notre vie minable et sans intérêt, tandis qu'elle continuerait sa grande vie!! Elle était face à nous et criait fort et se dandinait, faisait des gestes amples... Du vrai théâtre de fou, c'est moi qui vous le dis! Elle a continué son chemin et une fois au croisement, elle s'est mise à vociférer et continuer ses grands gestes, elle se mettait dans des positions très bizarres, du grand n'importe quoi! 
Il y 6 ans, dans la baie de San Francisco, je crois que j'avais aussi assisté à ce genre de scène. Je crois que ça fait vraiment partie de la vie d'ici... Va falloir se faire une raison...

Ensuite, on a pris le métro (oui, il y a un métro à LA même s'il n'est guère populaire et, paraît-il, risqué la nuit... rien ne remplace l'indétrônable reine étatsunienne - la voiture)
 

Direction Downtown LA.

J'ai aimé revivre cette sensation déjà ressentie à San Francisco. Tu prends l'escalator pour sortir du métro, le soleil se fait de plus en plus sentir, une petite brise te caresse le visage, tu as le regard en l'air et petit à petit, le décor se découvre, les gratte-ciel apparaissent et tu souris! A Los Angeles, vous ne trouverez des skyscrapers que dans le "centre" et je dois dire qu'ils me plaisent! On a pris la direction opposée, histoire de voir l'autre face de la ville. Et plus on avance, plus on change d'atmosphère et de décor. Après être passé devant un lieu de tournage (cf. la photo qui fait un peu Noël avant l'heure, avec de la fausse neige), on s'est retrouvé... au Mexique, en Amérique Latine (ou plutôt l'idée que je m'en fais...). Des petits commerces les uns sur les autres, des Latino/as de tous les côtés, de l'espagnol placardé dans tous les sens... En gros, la partie plus pauvre de la ville, et le contraste se voit! Mes oreilles frétillent à entendre cet accent mexicain, finalement si caractéristique, et finalement si différent du castillan que j'ai appris. Ce coin-là de la ville ne fait pas du tout étatsunien, ce n'est du moins pas l'idée que l'on se fait des Etats-Unis; et pourtant, c'est à deux pas de cette puissance économique que symbolisent ces bâtiments tout en hauteur, en béton et en verre...

On continue notre chemin, on change notre perspective sur les gratte-ciel, on tombe sur le Disney Hall, très argent et design, juste à côté se trouve The Music Center; au loin, on aperçoit l'Hôtel de Ville (City Hall). On se repait quelque peu devant l'Opéra où l'eau des fontaines rafraichit le corps et l'esprit et on part à la recherche de la Cathédrale. Une stupéfaction au pays de l'Oncle Sam. On arrive à l'arrière et, si ce n'est la croix, on ne dirait en rien qu'il s'agit de la maison de Dieu. On fait le tour, on passe à côté des drapeaux étatsunien et californien qui flottent devant la bâtisse. L'endroit est agrémenté de fontaines et on s'y sent bien, je trouve. Welcome to the Cathedral of Our Lady of the Angels. On entre, c'est à la fois beau et un peu austère et différent à  la fois. On regarde l'exposition temporaire de tableaux. Dans la grande pièce (la nef? je ne sais même pas si c'est le même plan de construction tellement tout est moderne!) Derrière, de l'eau bénite coule dans un espèce de bassin qui doit sûrement servir aux baptêmes. Devant, un orgue gigantesque, rien d'ostentatoire pour les icônes (pour ma part, je préfère l'iconostase et le pantocratos des églises orthodoxes de mon cher pays la Grèce); les lustres sont très... comment dire... on n'en voit pas souvent ni partout de ce genre! Mais l'endroit est reposant. On descend dans le mausolée. Un style à la fois épuré et intéressant. Tout est fait de marbre, je crois, ou du moins ça y ressemble. Sur les murs, des tombes; certains carrés sont même déjà réservés (il y a un petit adhésif dans le coin en bas à droite marqué "reserved"). Il y a des gens célèbres, en plus des évêques et archevêques, enterrés ici comme l'acteur Gregroy Peck. Il y a aussi des cases où il ne reste plus qu'à inscrire la date de décès, sinon le reste est déjà fait. Ca fait bizarre mais c'est une façon de se préparer à la mort... Au fond, il y une salle réservée aux crémations. J'ai pas pris de photos dans le mausolée mais j'ai une petite brochure qui donne l'idée générale du lieu... 

 
On sort et on part en métro pour Hollywood.
 
Après être arrivés en haut du premier escalator, un énorme coup de vent s'empare de nous et, Eole étant mon grand ami, je réponds à son signe de bienvenue par un sourire. Il souffle fort alors on avance durement vers le deuxième escalator qui nous pose directement sur Hollywood Boulevard, seule partie que l'on a vue de ce coin-là de Los Angeles. Alors, bien sûr, on a la tête baissée sur ces étoiles qui jonchent le sol. Des stars du grand écran et de la chanson, de Vivien Leigh à Robin Williams, en passant par Telly Savalas, Britney Spears et Marylin Monroe. A droite, un centre commercial et de restauration et entre les tours, on aperçoit, au loin, le fameux signe Hollywood. On grimpe et on prend quelques photos; on repart sur les étoiles. Devant le Théâtre Chinois, on trouve les empreintes de pieds et de mains, de Donald Duck à Kevin Costner en passant par des gens que je ne connais pas! C'est bien mieux à la télé!

Devant un magasin, une foule est là et des cris s'échappent. Une célébrité est là, elle traverse la rue, avec des gens autour d'elle, pour finalement rentrer dans un bâtiment. Je n'ai pas vu qui c'était mais ça n'en valait pas la peine car on a demandé de qui il s'agissait et c'était un gagnant de la Star Academy d'ici! Ce qui était intéressant à observer, c'était cette petite foule de gens qui s'écrient et la traversée flash éclair d'une star que l'on ne connait pas! C'est vraiment comme à la télé! Jusqu'ici, je n'ai croisé qu'une célébrité - Don Johnson - il y a 6 ans à Alcatraz, dans une arrivée digne des films hollywoodiens, dans son petit bateau jaune et rapide! Mais beaucoup de premières de films ont lieu à Westwood alors qui sait, peut-être que j'en verrai d'autres...

Magasins attrape-touristes, l'argent coule à flot; la journée touche à sa fin et il est temps de rentrer à la maison. Il reste des courses à faires... La barbe!

26/09/2006

Campus de UCLA

Quand Malik m'a fait faire le tour du campus avant que le Centre pour les Etudiants Internationaux ne s'en charge (the Dashew Center à Tom Bradley International Hall), j'en ai eu plein les yeux! Il est vraiment sympa, j'adore les bâtiments, surtout le coin des Humanités. C'est d'ailleurs cette partie qui est la plus ancienne, c'est le coeur historique du campus (créé en 1919). J'aime cette couleur rouge terre, j'aime le style architectural, j'aime ce campus plein de vie où les opportunités vous attendent à chaque tournant, comme les écureuils. Au passage, on dit que les écureuils ne sont guère sympathiques, certains étudiants ayant été les malheureuses victimes de leurs attaques! Si vous voulez mon avis, ces bêtes-là vivent des bouts d'hamburgers et autre mal bouffe remplies d'hormones et de choses que l'on craint en Europe. Dans quelque temps, il ne sera peut-être pas inhabituel de voir des écureuils gros comme des chats et sautant comme des lapins, prêts à attaquer l'homme!
 

Revenons au campus... C'est le plus petit (en superficie) de tous les campus de Californie mais le plus grand (où l'un des plus grands, je pense aussi à Berkeley) en nombre d'étudiant(e)s. Pour le petit Européen que je suis, je l'ai trouvé grand au début, mais après avoir déambulé sur le chemin principal (Bruin Walk - Bruin étant la mascotte de UCLA, bruin signifiant ours en anglais, d'où la statue que vous avez en photo et la célèbre expression que l'on peut entendre souvent, let's meet by the bear), je m'y suis fait et je crois que mes repères sont maintenant assez fiables...

Ce qui me plait dans le concept du campus étatsunien, c'est cette idée de petite ville (pratiquement) autosuffisante. En Europe, campus renvoie simplement aux bâtiments et la vie étudiante ne se ressent vraiment pas comme ici. A UCLA, vous avez tout ce dont vous avez besoin, vous pouvez faire vos courses sur le campus, il y a un centre médical, un hôpital (un des meilleurs aux Etats-Unis), un centre de psychologie, de psychatrie, de bien-être pour hommes et femmes (il y a des ateliers pour construire une relation sur des bases solides et tout le tralala...), on peut se faire faire un massage d'ailleurs, un centre gay et lesbien (la Queer Alliance est un fort lobby ici), une poste, une agence de voyages et j'en passe et des meilleurs... Comme on dit, you name it and it's here! Il y a même une police officielle de l'université et un système d'escorte (je vous vois déjà sourire...) qui intervient à votre demande si vous n'êtes pas à l'aise pour rentrer chez vous la nuit. Le wi-fi est partout, on peut même emprunter des ordinateurs portables pour quelques heures, c'est impressionnant. On peut pratiquer tous les sports imaginables, du badminton au football en passant par l'escalade, le yatching et le surf! Il y a des courts de tennis et un stade énorme, des pistes d'athlétisme et une salle de gym, c'est dingue! Je n'ai pas encore testé les bibliothèques mais je les sais excellentes: par exemple, the Research Library contient plus de 7,5 millions d'ouvrages et si l'exemplaire se trouve sur un autre campus californien, vous pouvez le faire venir à UCLA en l'espace de... 24 heures! Isn't it just blowminding? Et comme le montrent bien les photos, l'endroit est très agréable. Le campus a d'ailleurs servi de décor pour de nombreux films et beaucoup de réalisateurs et d'acteurs viennent de UCLA. Un cadre agréable avec beaucoup de verdure et je peux vous assurer que lire ou se rafraichir à l'ombre, posé tranquillement sur l'herbe dans the Franklin D. Murphy Sculpture Garden (2 hectares, le plus grand de la côte ouest) est on ne peut plus reposant avec plus de 70 sculptures d'art figuratif ou abstrait.

Niveau restauration, il y a évidemment plein de cafés et autres fast-food. L'autre fois, j'ai eu envie de manger mexicain et je me suis régalé avec des quesadillas (te acuerdas, Aurélie?). Mais bon, c'est difficile d'avoir un régime équilibré si je mange tous les jours à la fac. Je prendrai le temps d'aller manger chez moi quand je pourrai, parce que manger gras ne coûte qu'une poignée de dollars aux Etats-Unis avec l'avantage ou le désavantage, c'est selon, de pouvoir reremplir son verre (de taille plus grande que la normale européenne) à volonté. Un détail au passage, si vous avez besoin de rechauffer un plat, vous pouvez trouver des micro-ondes en libre-service un peu partout sur le campus, tout comme des distributeurs de barres chocolat et chips ou d'argent...

Aujourd'hui, j'ai participé à l'Activities Fair qui regroupait plus de 200 exposants. Il s'agit des clubs et associations auxquels on peut adhérer. Là encore, il y a de tout: fraternités (et sororités pour les filles), clubs pour étudiants internationaux ou regroupant une seule nationalité, clubs de disciplines académiques, associations pour aider au soutien scolaire des enfants défavorisés ou aller visiter des malades à l'hôpital, clubs sportifs évidemment, de bridge, association gay et lesbienne, et moult associations religieuses (y'en a énormément!)... J'ai fait mon tour, j'ai ramassé plein de trucs gratuits dont des bouteilles d'eau fraiche en libre service vu la chaleur et j'ai laissé mon adresse électronique pour m'inscrire aux listes d'informations. International, théâtre, sport sont les maitres-mots. Il faudra que je m'y tienne!

C'est fascinant toutes ces opportunités qu'il suffit d'aller cueillir! Ca pulse vraiment, je trouve!

For further information: http://en.wikipedia.org/wiki/University_of_California%2C_...

24/09/2006

Santa Monica

Dimanche dernier, pour mon premier jour à Los Angeles, je suis allé à Santa Monica. Il s'agit en fait d'une ville à part entière - comme l'indique le trait jaune sur les panneaux des rues; sur les panneaux à LA, il n'y en a pas, c'est donc en remarquant que les panneaux changent que l'on sait qu'on a changé de ville - mais qui fait partie de ce qu'on appelle Greater LA.

Le plus connu à Santa Monica, c'est Third Street Promenade, en gros une rue piétonne jonchée de magasins en tout genre, de statues en arbustes représentant des dinosaures, et où des artistes se produisent, histoire de gagner un peu de sous. C'est comme ça que j'ai assisté à du break-dance, que j'ai entendu des gens chanter, que j'ai vu un singe dressé pour aller ramasser l'argent que les gens tendent, et le soir, il y avait même tout un groupe de gens, sûrement un club, qui dansait en plein milieu de la rue! L'atmosphère est charmante et agréable car même si le soleil est bien présent, il y a quelques endroits de fraicheur.

Si l'on continue, on croise de plus en plus palmiers et on tombe sur Ocean Drive qui longe la mer. Face à vous, comme le montrent les photos, l'océan Pacifique. La plage est grande et les gens sont nombreux à respirer l'air frais de l'océan. Inutile de dire qu'une chambre dans un hôtel à proximité, avec vue sur la mer, coûte la peau des fesses! Sur la plage, il y a bien sûr ces postes de secours rendus fameux par la série Alerte à Malibu (Baywatch en VO). Comme le montrent les photos, il y a un parking en plein milieu de la plage! Los Angeles est pleine de grosses voitures et de grosses et larges routes, la voiture est reine à LA, c'est moi qui vous le dis. Sur la plage, vous avez pu remarquer un faux cimetière, avec des croix et des cercueils: il s'agit là d'une protestation contre la guerre en Irak et le nombre de croix équivaut au nombre de soldats tués. Apparemment, c'était une "exposition temporaire" car hier, il n'y avait plus rien!

Vient ensuite le Pier (la jetée), peut-être aussi connu que Fisherman's Warf à San Francisco. Il y a un petit parc d'attraction, l'entrée est gratuite, et entre tous les manèges et autres fast-food, on peut voir un petit commissariat de police et des pêcheurs à la ligne. Au passage, je ne sais pas si vous vous rappelez (moi non) mais dans Forest Gump, Forest achète un petit restaurant (!) Eh bien, il est sur le pier de Santa Monica, dont l'arche, signale la fin de la célèbre Route 66. Je crois d'ailleurs qu'ils vendent des T-shirts avec Run, Forest, run inscrit dessus.

Particularité que j'ai voulu prendre en photo: il n'y a qu'un endroit où les fumeurs peuvent se faire mal aux poumons, c'est pratiquement au bout de la jetée, à droite. Une plaque indique qu'il n'y a que sur cette zone que l'on peut fumer... alors même que l'on est en plein air! C'est tout à fait le genre étatsunien, tout comme celui de mettre un panneau STOP alors que la visibilité est totale vu qu'on se trouve dans une ligne droite! Mais bon, le panneau se trouve juste devant un passage pour piétons, les voitures s'arrêtent donc pour que les piétons puissent traverser!! Et bien sûr, dans cette ville où la voiture est reine, traverser hors des passages est fortement déconseillé et même formellement interdit sous peine d'amende. Alors même la nuit, quand il n'y a personne, je me surprends à rester sur le trottoir, attendant impatiemment que la main rouge devienne un piéton blanc. Ca me fait rire parce que, dans la rue que je dois traverser pour aller sur le campus,  le signal se transforme - en une main clignotante t'encourageant à ne pas traverser - au bout de 5 secondes (j'ai compté!) alors même que tu te trouves encore au milieu de la route! Alors si, piétons français, vous vous insurgez contre les automobiles, eh bien ce n'est pas au pays de la Liberté que vous serez traités avec plus d'égard! Le piéton est loin d'être le roi à Los Angeles...

Ce qui m'a frappé sur le pier c'est que le son qui a frappé mes oreilles était de l'anglais mais aussi de l'espagnol. La communauté hispanophone est énorme en Californie du Sud et en particularité à Los Angeles, et j'avais presque l'impression d'être dans un pays hispanique tellement je n'entendais que de l'espagnol. Du coup, tout est écrit dans les deux langues, voyez pour preuve la plaque pour les fumeurs. Sur la Promenade, on prévient que cette zone est surveillée par des caméras: l'information est donnée dans les deux langues, tout comme mon manuel de téléphone ou ma lessive! Je me suis donc réjoui car mon espagnol a besoin d'un peu de pratique; j'ai rencontré des hispaniques parmi les étudiants internationaux et seguro que voy a practicar con ellos/ellas!

Voilà un petit aperçu de Santa Monica, aussi connu pour être la capitale des sans-abris. Il est vrai qu'avant de descendre sur la jetée et la plage, il y a de petits espaces verts où beaucoup de défavorisés semblent trouver refuge. A Santa Monica, les loyers sont encore plus élevés qu'à Westwood (là où mon campus et mon appart se trouvent), disons simplement que le rêve étatsunien a ses oubliés et que la richesse côtoie souvent la pauvreté... Il parait que la dichotomie est encore plus flagrante downtown (centre de LA, quartier des affaires essentiellement). On dit aussi que les étudiants, après quelques semaines passées à Westwood, viennent changer d'air et de décor à Santa Monica. Peut-être succomberai-je moi aussi, après tout, il suffit de 25 cents pour s'y rendre en bus (Big Blue Bus)...

Mon premier jour s'est donc bien passé et je me suis senti bien. Je voyais ces avions atterrir et décoller un peu plus au sud, un prénom venait à mon esprit et resonnait dans ma tête, je me remémorais mon long voyage de la veille, et pourtant mes pensées étaient là, ici même, à Los Angeles, et pas ailleurs. J'étais bien, aucune appréhension, aucune anxiété, juste content d'être là, de vivre ce jour, de savoir que mon nouveau moi était bel et bien là...

Voyage, voyage

Après à peine 4 heures de sommeil, voilà que je dois me lever à 4h30 pour me rendre à l’aéroport de Lyon, mon avion pour Frankfort étant censé décoller à 6h30. C’est vers 5h10 que mon père et moi quittons la maison et le temps défile à une telle vitesse que je finis par croire que je vais être en retard pour l’enregistrement. Et en effet, j’arrive juste à temps, lorsque Madame Lufthansa demande s’il reste des passagers à enregistrer pour Frankfort, l’embarquement étant éminent. Il me faut acquitter de 50€ de taxes de bagages car je n’ai pas 2 valises de 23 kg chacune mais une seule valise pesant 30kg. Mon père paie et je dois m’en aller. Un au revoir assez expéditif car je suis pressé ; je passe le portique de sécurité, petite fouille légère et j’arrive quand l’embarquement commence. Je rentre dans l’avion et je m’installe.

Le voyage se passe sans problème, j’ai le droit à de l’eau et à un sandwich avec une tranche de fromage et une feuille de salade. À cette heure très matinale, je dois dire que mes papilles gustatives ont été légèrement remuées par ce bout de fromage. Vol sans encombre qui me permet de me retrouver face à ma sérénité. Aucune excitation, aucune appréhension ; je pars, je regarde devant, tranquille, serein, apaisé. Mon nouveau moi est bel et bien arrivé.

Arrivée à Frankfort. L’aéroport est bien et je me rends à ma porte d’enregistrement. J’arrive devant un tableau des départs et je remarque que mon vol est annoncé avec 40 minutes de retard et la porte d’embarquement n’est pas confirmée. J’en profite pour aller vider les 2 verres d’eau et le sandwich aux toilettes (comprenez, je vais vider ma vessie). Quand je reviens au tableau, la porte est confirmée et je me dirige là où il faut. C’est là que tout commence.

Énorme queue des passagers à destination des Etats-Unis devant moi. Contrôle de la carte d’embarquement pour commencer. Je ne sais pas combien de temps ça prend, mais c’est somme toute assez rapide, vu que le monsieur de la police allemande jette un simple regard sur la carte d’embarquement. Ça passe vite car je lis un sms que j’ai reçu et mes oreilles frétillent à entendre tous ces sons américains – pardon étatsuniens – autour de moi. Vient ensuite l’inspection proprement dite. La queue est longue et dense, je passe donc le temps à observer les choses autour de moi et je me prépare à subir ce que tout le monde subit : vérification, inspection, fouille, mesures de sécurité obligent. Mon tour arrive enfin et le personnel allemand est tout aussi souriant. Je dépose mes affaires sur le tapis, je vide mes poches, j’enlève mes chaussures neuves (soulagement parce qu’elles me font un peu mal) et je me mets en position Jésus, opération palpation. Et c’est pas la caresse du policier lyonnais. Le bougre d’allemand n’y va pas de main morte, mais toujours souriant. Et vas-y que je te touche bien les aisselles, histoire de bien étaler la sueur ; une caresse bien forte du torse et arrive le pantalon. Il commence à me triturer la ceinture, j’ai même cru qu’il allait me déboutonner et me baisser le froc. Friction des jambes en effleurant très succinctement l’entrejambe. Et je me dis, la pudeur veut qu’on ne va pas se faire palper le paquet mais si un terroriste cache des explosifs ou je ne sais quoi à cet endroit, comment faire ? Il s’est ensuite acharné sur mes chevilles et m’a fait des chatouilles sur la plante des pieds. J’abandonne la position Jésus et je m’en retourne. Petite attente pour vérification du passeport et j’arrive devant l’espace d’attente pour mon vol. Pas grand-chose à faire pendant ce trop long moment si ce n’est observer les passagers, des Etats-uniens pour la plupart, qui vont voyager avec moi, et au dehors les avions qui atterrissent et décollent ; un coup d’œil au cockpit où je distingue le pilote et son co-pilote en pleine préparation. On embarque (première et business classes d’abord), je rentre dans un avion qui pulse. Vraiment bien la Lufthansa, je conseille. Passage en première classe où en payant plus cher on a le droit à de l’espace et des écrans personnels. Je trouve ma place et je m’installe. Espace exigu avec 3 personnes autour de moi. Et dire que je vais passer dix heures et quarante-cinq minutes ici ! Grand Dieu ! J’observe le personnel de cabine avec attention, ils/elles m’ont toujours fasciné. Tout ce qui tourne autour des avions me fascine depuis toujours… Et notre cher commandant nous annonce que deux personnes n’ont pas embarqué mais que leurs bagages ont été mis en soute et que pour des raisons de sécurité, il faut les décharger.  Et ça risque d’être long vu que ces bagages ont été embarqués… en premier. Attente, attente…

On décolle, moi je m’éclate… Voyage sans encombre, quelques légères turbulences et un gros ronfleur à côté de moi qui m’a empêché d’aller vider ma vessie de tout le vol. Films, musiques, trajectoire de l’avion, remplissage des fiches d’immigration et de douane font passer le temps mais Dieu que c’est long. Niveau nourriture, eh bien sachez que j’ai bien mangé, c’était vraiment pas dégueulasse ! J’ai toujours l’esprit vide de pensées. J’ai pourtant quitté le sol français que je ne reverrai que dans 9 mois et pas grand-chose ne se passe en moi. Parfois, je me demande si j’ai bien fait de partir et puis une musique dans l’oreille me rappelle mes soirées maltaises en boîte où je m’éclatais comme un petit fou. Du coup, j’ai envie de remuer mon derrière et de bouger mon corps et ça me donne la pêche et mes petites pensées d’appréhension disparaissent pour laisser place à l’excitation ! J’ai des phases de micro-sommeil mais je ne dors pas beaucoup, seulement par à-coups. Et dire que je vais arriver à 22h (heures française), soit 13h (heure locale) !

On atterrit, moi je m’éclate… Ca y est, enfin me voilà arrivé à Los Angeles après être passé au-dessus de l’Ecosse, de l’Islande, du Groenland, du Canada, de l’Etat de Washington, des Rocheuses. Je ne vois rien car je suis loin des fenêtres, mais beaucoup de choses se passent dans ma petite tête parce que LAX a une résonnance particulière pour moi. Et ça me fait des trucs bizarres…  Et la musique officielle de l’aéroport, la vieille version (pas celle de l’article LAX mais celle que vous pouvez trouver sur le site), fait son entrée dans l’avion tandis qu’un visage se dessine sur mon visage…

Je débarque sous le soleil californien et je me rends à la douane. Je repasse devant le panneau qui m’avait marqué six ans auparavant, celui où on souhaite la bienvenue aux passagers dans plusieurs langues. Je me rappelle qu’il y avait une photo du président de l’époque (Bill Clinton) et je m’attendais à voir le visage un peu niais de Bush Junior.  J’ai été déçu car il n’y était pas… Ils ont un peu changé leur déco, alors ! J’arrive dans une salle énorme avec les postes frontières ; il faut se répartir entre citoyens étatsuniens, résidents permanents et visiteurs. Je demande à un policier où je dois me rendre avec mon visa étudiant et je rentre donc dans une des files « visiteurs ». J’entends parler français derrière moi et devant, un mec me demande en anglais, si j’ai un /pin/ ; je lui demande pardon car je ne comprends pas et il me mime un stylo et je m’écris « oh, a pen ! » Je lui tends gentiment mon /pen/ pour qu’il remplisse sa fiche. Il avait un accent bien particulier mais à sa façon d’utiliser « mate » dans son discours, je suppose qu’il venait soit des îles britanniques (mais un coin campagnard bien reculé, ou alors une région avec un fort accent que je ne connaissais pas) ou alors d’Australie-Nouvelle-Zélande. Après encore de l’attente, c’est mon tour d’aller voir le douanier à qui je donne mon passeport, mes formulaires et tout le tralala ; il ne me pose pas de questions, vérifie mes papiers, fait ses tampons, prends mes empreintes et me demande de regarder la caméra. Voilà, opération Big Brother réussie ! Je vais chercher ma grosse – que dis-je ? mon énorme – valise au carrousel et je passe le dernier contrôle. Me voilà en route vers la sortie. J’arrive à la fin de ce Tom Bradley International Terminal avec plein de gens qui attendent de voir des visages familiers. Je pars à la recherche d’un téléphone pour téléphoner à Malik qui doit m’héberger pendant une semaine. Je vais demander à un mec qui vend des téléphones comment les cabines fonctionnent car après mon premier essai, rien ne fonctionnait. Je fais comme il me dit, je compose d’abord le numéro, précédé du 1, puis je mets 50 cents. Malik ne va pas pouvoir venir me chercher et me dit de prendre un taxi. Je dois remettre une lettre à quelqu’un, je vais donc voir les madames au comptoir de l’information. Hélas, la dame ne peut pas m’aider mais quand je lui demande où je peux prendre un taxi, elle me dit que c’est cher et que le mieux c’est de prendre une espèce de navette/bus. Et je lui parle sans problème, avec une décontraction qui n’était pas mienne il y a quelque temps. Je me réjouis une fois de plus de mon nouveau moi. Je rigole avec cette dame qui semble avoir un sacré sens de l’humour et je me dirige dehors. Je me fais accoster par un policier qui fait partie d’une organisation caritative et me demande de l’argent. Il est tellement sympa et je me plais tellement à taper la discut avec des inconnus tout sourire que je lui donne 4 euros (vu qu’il accepte toute monnaie). Un autre mec me demande si je veux prendre une navette et vu ma réponse, il me demande ma destination et appelle donc un chauffeur. J’attends 10 minutes environ et on vient me chercher. On prend d’autres gens au passage, c’est du co-voiturage en quelque sorte. Je découvre LA et ses routes et toutes ses voitures ; je vois les signes de l’aéroport que vous avez vus dans la vidéo et l’excitation est à son comble. Je suis au bord de l’orgasme ! Enfin, non, pas tout à fait… 

La voiture m’emmène à destination et en parcourant les paysages des lieux, j’ai de bonnes vibrations. Tout ça est énorme pour le petit européen que je suis mais j’ai confiance, je me sens bien et je sens que ça va pulser à fond ! Mon nouveau moi est bien là et je m’en félicite. Je suis vraiment ravi. Ce premier jour, ces premières impressions étant positives, tout ne peut que bien se passer. Vraiment, je me sens bien et serein ! It’s going to be great, I feel it in the air Je me sens presque chez moi, c’est dingue, et pourtant tout est différent ! C’est comme si je connaissais déjà tout ça, sans pourtant vraiment y connaître ; c’est difficile à décrire comme sensation, mais le principal, c’est que ce soit positif ! Youpi !

Je rejoins Malik, Justin nous rejoint bientôt. Je ne le connais pas mais il était aussi à Lyon avec Malik l’an dernier. On prend la voiture pour aller au supermarché ; Malik me fait une petite visite guidée. On prend un ticket de parking, on va chercher un chariot. Au passage, sachez que devant les chariots, il y a des lingettes hygiéniques pour nettoyer la barre que vous empoignez pour pousser le chariot ! Y’a que les Etatsuniens pour faire ça ! Le supermarché n’est pas énorme mais les choix le sont par contre ; j’ai jamais vu un rayon de céréales aussi fourni ! Et le pain de mie et les jus de fruits ! C’est dingue le choix qu’il y a, un de toutes sortes ! I’m just amazed. Bien sûr, on joue au cassier, car même s’il y a des caisses comme chez nous avec des caissières, on peut aussi se débrouiller seul. Écran tactile qui marche sans problème, tu scannes, tu pèses, tu mets dans les sacs, tu choisis ton mode de paiement et le tour est joué. Ça m’éclate tout ça, vraiment ! Après, niveau bouffe, je vais regretter la France, pour sûr !

On rentre, Justin veut faire des trucs pour le barbecue de ce soir (eh oui, ça fait déjà plus de 24 heures que je n’ai pas dormi et ce soir, c’est barbecue !) tandis que Malik m’emmène faire le tour du campus. Ça a l’air trop bien ! Je ne suis pas au bord de l’orgasme mais en me remémorant tout ça, il faut que je le dise : oh my God !

Bonne petite soirée, bien que fraiche, où il y avait à la surprise générale, beaucoup de Français et francophones et autres francophiles. C’est sympa de rencontrer des nouvelles têtes et de discuter un peu. À minuit (soit 9h en France), je rentre à l’appartement. Douche et dodo. Je m’endors tout de suite. Une très bonne nuit bien réparatrice.

23/09/2006

Mon petit chez moi

Ca y est ! At long last! J'ai emménagé dans mon nouveau petit chez moi ! Après avoir été hébergé par un ami d'ici, Malik, j'ai enfin pu défaire complètement mes valises et m'installer dans cet appart plutôt sympa où je vais vivre pendant 9 mois.

Une cuisine tout équipée, avec grand frigo, congélateur, four et plaques au gaz, ainsi que micro-ondes et même... un lave-vaiselle, que l'on utilisera probablement jamais, vu que nous sommes que deux!

Mon colocotaire est, à mon grand désespoir, Français ! Snif ! Mais bon, on n'a pas toujours ce qu'on veut dans la vie... faudra bien faire avec !

Sinon, je me trouve sur Gayley, devant l'entrée du campus, devant l'endroit où commence the Bruin Walk. Gayley est une grande avenue, longée par les maisons des fraternités, lieux de fête s'il en est !

Voici quelques photos:

19/09/2006

En attente...

Un petit mot pour vous dire que les choses se passent bien, je prends des photos et j'apprends à me repérer dans cette grande ville et ce campus si surprenant. Pour le moment, je n'ai pas le temps de mettre mes photos en ligne ni de vous raconter les détails de mes journées mais dès que j'aurai emmenager dans mon appart, je me rattraperai... J'espère mettre tout ça à jour ce weekend...

Bien à vous.

16/09/2006

LAX

Tout comme il y a 6 ans, mon premier pas sur le territoire étatsunien se fait dans l'aéroport international de Los Angeles, aussi connu sous son nom de code LAX (prononcez /elaieks/). En 2004 une série avait d'ailleurs vu le jour sous ce nom et relatait la vie dans ce fameux aéroport. Je l'ai suivie parce que j'adore les avions et les aéroports mais, à mon grand regret, elle a été annulée...

Alors voir ce clip (c'est moi qui ai incrusté les sous-titres, histoire de m'entraîner pour mon futur métier :) and so that you can sing along...), ça m'a donné la patate, j'ai presque eu envie de remuer mon popotin, c'est dire! En tout cas, ça m'a donné encore plus enVie d'y aller...

ENJOY 


source: http://www.lawa.org/75thAnniv/75thSong.html

Jour J

Le grand jour est enfin arrivé...

A l'heure où vous lisez ces quelques lignes, je suis installé dans l'avion qui m'emmène tout droit vers Los Angeles et la Californie; je suis même peut-être déjà arrivé...

J'ai décollé de Lyon à 6h30 pour me rendre d'abord à Frankfort en Allemagne d'où j'ai pris un autre avion qui s'est envolé à 10h, direction Los Angeles où je suis censé arriver à 12h35 (heure locale)

A continuación: relato del viaje, y sobretodo de las aduanas estadounidenses...

Une fin, un début

Tour à tour, j'ai dit au revoir à toutes ces personnes qui font partie de ma Vie d'ici; tour à tour j'ai dit au revoir comme on tourne les pages d'un livre qu'on adore... Je vis tout ça comme si je clôturais un chapitre du grand livre qu'on écrit jusqu'au bout. Certains noms glisseront sur le papier et ma plume redessinera les contours de leur être; d'autres ne feront pas partie de ma Vie d'après, tout simplement parce qu'il en est ainsi. Mais je ne veux ni regret, ni rancune, ni remord, ni ressentiment car même si certaines routes se séparent, il faut se souvenir qu'elles se sont croisées à un certain moment et qu'il reste donc entre nous une rencontre. La Vie se déroule et nous emporte devant...

Je m'envole vers d'autres contrées, vers de nouvelles aventures, pleines de nouvelles personnes et de nouveaux défis, histoire de construire un peu plus qui je suis. Je regarde devant et non derrière moi, et malgré tout j'apporte mon ancienne Vie avec moi car ce sont mes fondations, ce sont ces anciens chapitres sur lesquels on revient parfois pour prendre des décisions, un passé qui nous sert à aller de l'avant. Et j'emmène tous les êtres aussi: que le contact soit toujours d'actualité ou non, je les emmène avec moi, ils font tous partie de moi, ils ont, comme je leur ai dit, recouvert mon coeur d'une pellicule d'or; ils m'ont, chacun à leur façon, aidé à me construire... Je leur ai dit MERCI et me suis envolé, avec le sourire, avec un clin d'oeil... Et j'ai regardé devant...

Alors ce blog n'est pas pour me mettre à la page de cette ère informatique. Ce blog est plus que le journal de bord de cette expérience de Vie que je m'apprête à Vivre aux Etats-Unis, c'est la continuation électronique du livre de ma Vie que je vous offre pour que vous continuiez à me suivre d'un oeil, si l'enVie vous en dit. Je continuerai à faire glisser la plume sur le papier pour vous faire partager mes hauts et mes bas, mes coups de coeur et mes coups de gueule, mes rires et mes pleurs, mon enthousiasme et ma mélancolie... Il est ce lien entre nous, il est ce partage que je chéris tant.

The future will be bright, keep on looking forward, people, keep on looking forward...

Pensées pré-départ

            Me voilà prêt à m'envoler pour de nouvelles aventures, je m'apprête de nouveau à tourner une des pages du livre de la Vie. C'est comme ça que je le ressens en tout cas.

               Il s’est passé beaucoup de choses depuis quelque temps, depuis mon départ pour Oxford en janvier dernier. J’ai fait part à certain(e)s de mon impression d’avoir encore grandi et mûri, un phénomène psychiquement ressenti de l’intérieur. J’ai changé de peau à la manière du serpent qui mue, j’ai fait de nouvelles rencontres, plus rafraîchissantes les unes que les autres, j’ai beaucoup appris à différents niveaux. Après tout ça, j’assimile et un nouveau moi est en gestation, je le sais, je le sens. J’en entends déjà certain(e)s dire « encore ! »… He oui encore, et je m’en réjouis !

                Je me retourne et regarde derrière moi et je prends de plus en plus conscience que tout n’est finalement que passage. Passage d’un état à un autre, passage d’une amitié à une autre, passage d’un(e) amant(e) à un(e) autre… Finalement, rien n’est immuable, sauf peut-être ce qui touche à l’Avoir, au matériel. L’Être est changeant, les amitiés changent aussi, elles évoluent. L’Être est changeant car il est tension vers le devenir, il ne peut aucunement rester immuable.

                Le Temps ne m’a jamais fait peur, je l’ai toujours considéré comme mon allié et il s’est avéré de bon conseil et de bon aloi à maintes reprises. Beaucoup de gens autour de moi disent ne pas vouloir grandir, car ils lisent dans ce verbe le verbe vieillir. Quand je rencontre des gens plus âgés que moi, je leur dis toujours que j’ai hâte d’avoir leur âge. La réponse qui m’est faite le plus souvent, c’est un regard écarquillé. Ce que je comprends. Mais dans ma quête ontologique, dans ma tension vers mon devenir, je ne peux pas me passer du Temps, il n’y a que Lui qui peut m’emmener vers quoi je tends, à condition bien sûr que ma conscience ait assimilé ce qui devait être assimilé. Certes, la vieillesse du corps ne me tente guère, mais comme disait notre ami Epictète, cela ne dépend pas de nous. Alors il faut faire avec, l’accepter, l’assimiler. Il n’y a pas de vieillesse de la conscience, ou de l’âme, je pense qu’il n’y a que la sagesse. Alors pour moi, grandir ne veut pas dire vieillir mais bien mûrir. On change, on évolue. Je sais bien que je ne pourrai jamais me trouver entièrement, la question du « qui suis-je » est profondément insondable, mais je considère la Vie comme une quête. Oh, je ne me lève pas le matin en me disant qu’aujourd’hui, je vais essayer de grandir, de mûrir, d’apprendre. Je prends simplement la Vie comme elle vient, je la regarde et l’analyse, et je tire les leçons, les conséquences de ce qui m’est donné.

                À la fin, la Mort nous attend tous. J’ai eu la ‘‘chance’’, jusqu’à présent, de ne pas avoir été touché de près par Elle. J’ai conscience qu’Elle se rapproche : une de mes profs de prépa est morte, une de mes tantes grecques aussi, il y a peu. Ce sont des personnes que j’ai côtoyées de près, avec qui j’ai ri, appris, vécu. Mais pour diverses raisons, même si la nouvelle m’a chagriné, je n’ai pas été affligé profondément. Néanmoins, je sais qu’Elle rôde ; je vois la vieillesse de mes grands-parents, je les vois passer d’un état à un autre, d’un discours à un autre. Je ne sais pas comment je réagirai quand Elle m’aura touché de près, mais c’est peut-être à partir de là que je réussirai à l’apprivoiser, à l’assimiler. La Mort a aussi cela de fantastique qu’Elle est peut-être l’état dans lequel la conscience prend cas d’elle-même le plus profondément. Parce que l’Être est changeant, je ne peux dire qui je suis qu’à un certain moment ; mais juste avant de mourir, peut-être réussirai-je à avoir la réponse complète à cette question ? Peut-être trouverai-je enfin l’Être dans sa totalité, juste avant de cesser d’être ? La Mort est donc aussi un passage.

                On passe aussi d’un état à un autre, de l’adolescence à l’âge adulte. Je le vois bien dans mes discussions avec les autres. Cela semble presque anodin de ne plus parler de la fac mais du monde du travail, de ne plus parler d’amourette mais de relation à long terme. De se projeter en avant. La conscience dans toute son intentionnalité. Et des bébés naissent, petit à petit, autour de moi. C’est peut-être tout ce contexte qui me fait prendre conscience de tous ces passages, reliés entre eux par le flux de Vie. Alors oui, mon Être change, encore, inéluctablement je dirais même.

Et de ce fait, les amitiés, les relations à autrui font de même. J’ai appris, un peu malgré moi, que l’amitié n’est jamais chose acquise. Avant, je croyais, naïvement peut-être, à l’immanence de ce lien d’humanité entre des êtres. C’est à ce lien que je me raccrochais, coûte que coûte. Mais maintenant que j’ai compris que l’amitié est aussi faite de passages, je ne la considère plus comme acquise d’avance et je ne fais plus reposer mon Être sur elle seule. Elle n’est plus sacrosainte. Depuis quelque temps, depuis que l’étranger m’a ouvert les bras, j’ai perdu des ami(e)s en chemin et je m’en suis fait d’autres. Pour ce qui est des nouvelles amitiés, j’essaie, autant que faire se peut, de les cultiver avec la passion, la patience et la détermination d’un botaniste avec ses fleurs. Il y a eu rencontre, il y a donc une graine avec un certain potentiel. Si j’apporte l’eau, il faut que l’autre apporte le soleil. Ça marche dans les deux sens. Il est certain que toutes ne dureront pas, et il reste qu’il y aura sans doute des degrés divers. J’admets faire la distinction entre connaissance, copain/copine, et ami(e) mais ces trois catégories ont un point commun : elles ont été, d’abord et avant tout, des rencontres. Et comme Horace cueillait le jour et profitait de l’instant présent, je fais de même avec les rencontres, quelles qu’elles soient, quel que soit le degré. Dans le flux de Vie, on rencontre des gens pour une période donnée, comme je l’ai fait à Oxford par exemple, ou lors de mes différents séjours en Angleterre ou à Malte en tant qu’assistant-accompagnateur. Je sais qu’il y a des gens que je ne reverrai plus. Ça a duré le temps que ça devait durer et pourtant je ne les oublierai pas. Peut-être que le Temps effacera noms et visages de ma mémoire, peut-être que notre rencontre disparaitra de ma mémoire, mais je sais qu’ils/elles sont en moi. Parce que dans ces rencontres, le plus souvent gratuites, j’ai appris des choses et j’ai rencontré l’Humanité. En étant avec cet Autre, j’ai aussi découvert des bouts de moi. Alors finalement, même s’il existe des degrés divers d’amitié, il n’en reste que toute rencontre est fabuleuse, car unique, gratuite. C’est dans ces rencontres que j’ai l’impression de vivre l’instant présent. Je prends désormais les gens comme ils sont, je vis les choses sur le mode rencontre, c’est-à-dire que j’en reviens à la gratuité et à l’éphémère de l’échange humain. Je ne sais pas pourquoi j’ai changé de perspective sur cette valeur à laquelle je me suis tant raccroché, étant plus jeune. J’ai sans doute appris qu’en attendant trop des autres, on risquait d’être déçu.  Alors j’en reviens aux fondamentaux, comme on dit – à l’échange, à la gratuité de l’échange humain, là où finalement rien ne compte si ce n’est le dialogue qui passe de l’un(e) à l’autre, là où le ‘moi’, le ‘je’ s’effacent quelque peu pour laisser place à quelque chose d’autre. C’est un peu, si vous me permettez la comparaison, comme lorsqu’on fait l’Amour, au sens fort du terme, au sens quasi métaphysique. Faire l’Amour de façon métaphysique est une sorte d’idéal à atteindre : deux Êtres qui s’aban-donnent totalement l’un à l’autre, deux Êtres qui se mettent à nu dans une symbiose complète où le ‘moi’ disparaît pour laisser place à quelque chose de plus grand, de supérieur. On donne plus que l’on prend, on ne fait même pas les comptes de l’apport quantité/qualité, car la relation ne s’exprime plus par des termes d’économie, l’attention étant dirigée sur l’Autre, ou plutôt sur ce lien qui lie le ‘je’, le ‘moi’ à l’Autre. C’est là, me semble-t-il, que l’on profite de l’instant présent, du moment. Et du même coup, cette instantanéité a quelque chose d’éternel ou d’atemporel. Je regarde derrière moi et je revois les dialogues, les échanges que j’ai pu avoir avec certain(e)s d’entre vous à la terrasse d’un café, assis sur un banc dans la rue, ou je ne sais où… Certain(e)s d’entre vous d’ailleurs que je ne vois pas souvent, que je n’ai pas vu(e)s depuis longtemps. À chaque fois, après la rencontre, quand je m’en retourne, quand le ‘je’ émerge de nouveau, je me réjouis de ce qui vient d’avoir lieu, je me réjouis du partage, du dialogue, de l’échange. Cette quête du moment m’évite un écueil : ne pas vivre le présent. Certains personnages de Tennessee Williams vivent dans le passé et ne profitent donc pas du présent mais le risque de ma tension vers le futur peut tout autant me faire oublier le présent. En l’état actuel des choses, je ne pense pas ne pas vivre le présent, je ne pense pas me perdre dans le futur – un futur qui peut s’avérer dangereux car il est hypothétique et peut facilement basculer dans l’imaginaire.  Le moment présent, comme je l’ai dit, se vit au plus près dans l’insouciance ou dans les rencontres que je fais, dans les périodes d’enthousiasme et dans les discussions gratuites entre des Êtres.

                Mes repères sont quelque peu brouillés car j’ai changé de perspective sur cette valeur à laquelle je me raccrochais. Je me demande alors si ce lien, aussi fin soit-il, est assez fort. De mon côté, cet aspect ponctuel des choses n’enlève en rien la force du lien, bien au contraire. Et puis-je encore parler de ‘lien’ ? Je crois désormais que c’est le mot étincelle qui se rapproche plus de ce que je ressens envers chacun(e) d’entre vous ? Une étincelle naît par le contact de deux choses, la rencontre de deux êtres ; une étincelle qui se produit, qui produit quelque chose, qui peut s’éteindre tout autant qu’elle peut s’enflammer ; une étincelle qui peut s’éteindre à jamais ou renaître à chaque fois… Mais l’étincelle laisse toujours quelque chose derrière elle, même si elle s’éteint… Bien sûr, je ne peux pas vous empêcher de vous interroger, car vous voyez sans doute les choses d’un autre point de vue. Et je me demande aussi, quand tout va mal, vers qui je me tourne ? Car c’est quand tout va mal, paraît-il, qu’on se tourne vers ses ami(e)s. Moi, je me tourne d’abord et avant tout vers moi-même : j’ai d’abord besoin d’analyser la chose seul, en paix, pour après demander autour de moi. Car, c’est un peu gris à dire, mais c’est comme ça que je ressens les choses, on est d’abord et avant tout seul face à la Vie.

                La beauté est alors peut-être dans l’éphémère. Ce que j’apprécie le plus dans mon travail d’assistant-accompagnateur, c’est la rencontre avec des gens différents. J’ai vécu quelques jours ou quelques semaines avec des adolescents et des adultes et j’ai vu comment les choses (l’étincelle) se faisaient et comment moi je vivais ces rencontres. On a apprécié partager un bout de Vie ensemble, on en garde de bons souvenirs car il y a eu un échange d’humanité. Bien sûr, on se promet de garder le contact, de se revoir. Certain(e)s le feront, et ça durera ; d’un autre côté, le ‘lien’ s’étiolera de lui-même sans pour autant ternir ce qu’il y a eu. Il ne restera alors que la rencontre et la force qu’elle prend, une fois mise en perspective.

                En conséquence, même si je peux ‘regretter’ d’avoir perdu certain(e)s ami(e)s, je ne suis pas rongé par le remords de ne pas avoir essayé d’éviter le naufrage. Ces personnes que j’ai perdues restent en moi et c’est le plus important. On évolue chacun de notre côté, et nos routes qui se sont croisées à un certain moment, pour une certaine durée, se séparent parfois de nouveau. Sans être fataliste, je l’accepte comme tel. J’ai perdu une amie qui m’était chère. Le désaccord d’opinions a fait que la relation amicale s’est étiolée d’elle-même. Au départ, il m’est apparu invraisemblable que cette relation disparaisse, ou change de catégorie, parce que sans cette personne, je ne serais pas l’homme que je suis aujourd’hui. Elle m’a aidé et j’ai beaucoup appris grâce à elle, elle a déclenché certaines prises de conscience. Alors perdre cela, c’était inimaginable. Mais le Temps a fait son travail et finalement tout s’est conclu sans heurt pour moi. Et je n’ai guère de regrets, aussi étrange que cela puisse paraître.  Mais je n’ai pas non plus de rancune ou de rancœur envers elle.

                L’amitié demande donc culture et adaptation parce qu’elle aussi évolue. Changement, immanence, et la transcendance dans tout ça ? Je pense tout simplement que la transcendance est dans la conscience humaine. Qu’y a-t-il de plus beau qu’un visage illuminé d’un sourire ou la brillance des larmes sur les joues de quelqu’un ? Quand on regarde les gens et le monde, on utilise toute notre histoire et ce sont parfois de petits détails anodins qui vont déclencher tout un processus. On prend conscience, notre regard sur les autres et le monde va évoluer. La transcendance de ma Vie est dans la conscience que j’aie et que je porte sur moi-même. Cette quête ontologique – masturbation intellectuelle pour beaucoup – m’est indispensable. Prendre conscience, comprendre, con-naître, Être tout simplement. Tout cela me permet l’Humanité. Avant, je disais que la Vie ne valait rien dans le sens où la vie est une suite d’événements sans aucun lien les uns entre les autres ; le train-train quotidien. Mais je disais aussi que rien ne valait la Vie car c’est par notre conscience, notre humaine conscience transcendante, que nous donnons sens, lien et consistance à la Vie. Maintenant, je crois que je vois plus la Vie comme un passage/une suite de passages sous-tendu(e) par un flux continu. Il me reste encore des choses à explorer…

Beaucoup de personnages créés par Tennessee Williams vivent dans le passé, et en sont d’autant plus attachants. Comme je l’ai déjà dit, je ne vis aucunement dans le passé. Le passé, je l’accepte, je l’assimile, je le prends comme un fait ; il me sert de référence, j’en tire les leçons et les conséquences. Mais ma quête ontologique ne peut fonctionner qu’avec le futur et l’intentionnalité de la conscience. L’Être est changeant parce qu’il est en tension, il tend vers un devenir. Voilà pourquoi je veux grandir encore et encore. Les réponses à mes questions ne se trouvent pas dans le passé, mais bel et bien devant moi. Je ne pense pas qu’il s’agisse là d’une fuite en avant car je ne vois pas qui/ce que je fuis. La question est peut-être à poser dans l’autre sens : pourquoi cette insatiable volonté de savoir ? En recherchant mon Être, est-ce que je recherche autre chose ? Ma tension en avant est sous-tendue par le Désir ; par conséquent, qu’est-ce qui me manque tant ?

L’Autre est sans doute la réponse. Cet Autre que je crains tellement et dont j’ai si envie à la fois. Cet Autre à l’origine de mes angoisses tout autant que détenteur de réponses qui me font défaut dans cette quête. Cet Autre est à la fois celui qui blesse mon Être et le seul habilité à pouvoir me faire cicatriser. Autre social… Autre amoureux, aimant et aimé. Je me demande parfois si j’ai quelque chose de cassé au fond de moi. Peut-être qu’en me construisant ainsi, j’essaie en même temps de réparer mes fondations. Je n’en sais rien.  Serais-je alors victime du mythe grec de l’androgyne, « à la recherche de sa moitié », comme dit l’expression ?

J’ai remarqué que lorsque mon attention se porte sur quelqu’un, mon ‘moi’ s’efface, je sors de cette instabilité qui caractérise ma quête, comme si l’océan (re)devenait calme. Je ne me pose plus de question sur moi-même, je n’ai plus cette agitation intérieure. Et c’est grâce à l’Autre. Alors bien sûr, mon instabilité peut revenir mais elle change d’objet, car c’est sur la relation à l’Autre que je m’interroge. Malgré tout, mon instabilité ontologique, due au Désir, je suppose, disparaît car l’Autre apporte des réponses. Je ne suis plus penché sur le ‘moi’ mais sur l’Autre ; c’est l’Autre qui m’importe et par ce qu’il se passe entre nous, par ce que je donne, je reçois et dans cette relation intime qui s’instaure entre un ‘je’ et un Autre, j’apprends et j’apprends beaucoup… sur le moi.

Cette quête est donc narcissique à la base, égocentrique mais sans les connotations péjoratives de ces mots. Pour que je sois bien avec les autres, il me faut d’abord être bien avec moi-même.  Mes périodes réflexives sont nécessairement des périodes solitaires, puisque je suis tourné vers et sur moi. J’en arrive donc à me détacher des autres. Mais l’Autre social s’est toujours révélé indispensable à mes prises de conscience. Et je reviens toujours vers cette figure de l’Autre. Ces périodes d’intense réflexion vont de pair avec mon côté mélancolique, que j’exprime de cette façon (ici, la mélancolie est conjuguée au chagrin, ce qui n’est pas forcément toujours le cas) :

Et j’ai laissé mon cœur faire des siennes et déverser à petits flots la mélancolie dans mes veines. Mon âme s’est parée de son voile noir tandis que la douleur accomplissait sa tâche, inexorablement. Un soupir en appela un autre, puis un autre ; une larme s’échappa lentement et retraça le sillon malheureux sur mes joues déjà abîmées par la tristesse et la fatigue. J’ai accepté le chagrin et plus l’air entrait dans mes poumons, plus je me laissais tirer vers le bas. Crispé, l’esprit douloureux, ma gorge s’est serrée, mes muscles se sont contractés, un violent spasme s’est approprié l’ensemble de mon corps et j’ai laissé souffrance et douleur s’emparer de moi, entièrement. Pour mieux les regarder en face, les comprendre, les faire miennes et finalement, les assimiler. L’étincelle de Vie au plus profond de moi veillait au grain et a repris le dessus, lentement. Alors mon âme s’est rallumée tout doucement, inéluctable, et est venue réveiller mon cœur… qui empourpra de nouveau tout mon Être.

Pleurer prend alors une signification plus particulière. On peut pleurer à cause d’une mauvaise nouvelle, d’un choc, c’est une réaction, une émotion immédiate. Mais je considère que l’on peut pleurer pour autre chose, parfois sans connaître la véritable raison. Pleurer, c’est alors plus que laver, purger l’âme des limons noirs de la Vie, c’est dire que « je » vient de mourir ; c’est donc un passage, celui d’un état de conscience à un autre. Si la période mélancolique a porté ses fruits, si le Temps et la conscience ont fait leur travail, alors parfois l’âme se nettoie d’elle-même et les larmes échappées sont comme la mue que le serpent laisse derrière lui.

La cause de ma mélancolie m’est souvent étrangère, mais j’accepte, quasiment avec envie, ce trouble de l’âme car je sais pertinemment qu’après quelque chose en moi aura changé, que j’aurai mûri un peu plus, que j’aurai avancé. Et c’est à cause de ce pouvoir de métamorphose, en quelque sorte, que j’apprécie la mélancolie. Elle est pour moi le pendant de l’enthousiasme (au sens étymologique, la divinité est en moi), sans s’y opposer.

Dans mes accès mélancoliques et réflexifs, je me sens vraiment en Vie, vraiment Humain. Rousseau disait d’ailleurs « l’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui a compté le plus d’années mais celui qui a le plus senti la vie. » Et il en va de même dans mes accès enthousiastes, profondément dionysiaques, comme sur les planches d’un théâtre.  Rire, s’émerveiller, avoir ce voile magique devant les yeux qui ne cache pas la Vie mais la découvre, le tout sans rester coller à soi-même, il y a peut-être là aussi une transcendance.

         Arrive alors la question : la mélancolie est-elle simplement solitaire, tournée vers le moi ? Et l’enthousiasme est-il foncièrement tourné vers l’Autre ? La Vie jaillit-elle à l’intérieur ou à l’extérieur ? Ou n’est-elle finalement pas quelque chose de cyclique, qui va de l’un vers l’autre, du Je vers l’Autre et de l’Autre vers le Je ? Parfois, je me dis que l’être est solitaire, je refusais la formule aristotélicienne d’« animal social » car l’enfer c’est l’Autre; à d’autres moments, je me dis que l’Autre est foncièrement nécessaire. Je n’arrivais pas vraiment à lier, à réconcilier les deux, et je me rends compte de plus en plus que le moi et l’Autre ne peuvent être dissociés, ils fonctionnent ensemble comme les deux faces d’une même pièce. Ils fonctionnent ensemble dans le dialogue, dans l’échange, dans la rencontre, dans ce flux qui va de l’un à l’autre.

               Je ne sais pas si tout ce que j’écris là est vrai, je ne dis pas que j’ai raison ou que j’ai tort, c’est simplement qu’à ce moment de ma Vie je ressens les choses de cette façon. Il est évident que les choses évolueront.

               J’ai en moi un bout de chacun(e) d’entre vous, et si j’en suis là dans ma Vie, c’est un peu grâce à vous, grâce aux partages que l’on a eus, grâces aux échanges, grâces aux rencontres. Un grand merci, sincèrement. Vous avez été un peu comme ces cailloux que l’on sème pour retrouver son chemin, un fil d’Ariane, vous avez été ces étoiles qui brillent et éclairent mon chemin, vous avez été ces petites ailes que j’ai accrochées dans mon dos. Mais si vous êtes désormais derrière moi pendant un moment, il n’en reste pas moins que vous avez recouvert mon cœur d’une pellicule d’or. Mon cœur vous reste donc fidèle, quoi qu’il se passe.

Je m’apprête maintenant à accoucher de mon nouveau moi, à tourner une page de ma Vie, je vais bientôt entamer un nouveau chapitre – chapitre en gestation depuis un certain temps maintenant et qui arrive finalement comme l’aboutissement de quelque chose, et le début d’autre chose – et si certains noms vont glisser d’une page à l’autre, d’autres non. Certaines de nos routes vont continuer ensemble, d’autres se séparer, momentanément ou non, tel est le flux de la Vie. À mon sens, il ne faut rien regretter, et toujours regarder devant. Mon but n’est aucunement de me couper de ma vie d’ici, d’oublier tout ça alors que je vais passer un, voire deux, ans en Californie.

Je ne veux pas me mettre à dos qui que ce soit. Je tenais simplement, par ces mots, à partager avec vous mon état d’esprit à ce moment précis de ma Vie. Mais en passant d’un côté de l’Atlantique à l’autre, les choses vont changer, c’est certain, car vous allez évoluer, car je vais évoluer. Le ‘lien’ qui me lie à chacun(e) d’entre vous va se modifier, notre étincelle va changer. Je ne pense pas qu’il faille appréhender l’issue, si nos routes se séparent, momentanément ou non.

Vivez votre Vie, elle est précieuse ! Dansez la Vie !

Je relis ce que je vous écris, et je me rends compte que ça sonne un peu comme la lettre d’un mourant… Mais souvenez-vous que la Mort n’est qu’un passage. De la mort de quelque chose, d’une relation, quelle qu’elle soit, l’Être ne peut qu’accoucher de quelque chose de meilleur.

On se retrouve de l’autre côté…

Prenez bien soin de vous

Amicalement,

Anthony

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